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ODYSSEY -

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Kalie

SOLO EXHIBITION - Cheloudiakoff Gallery. Belfort - September 2016


ODYSSEY, to my daughter The first Odyssey is an amniotic one. Ulysse’s story is about an immersion in water. Bards, like pregnancy in a woman’s world, sang his wandering.The uterine world is like a glass ceiling, where all senses bump into each other. Conception, pregnancy, birth, are all terms that overwhelm the fields of perception. The scene takes place off-screen and captivates your mind only with entreaties of poetic and creative filters. Kalie’s graphic pattern work, swings between transparency and opacity, until it draws overlapping plans; which suggests an accumulation of skin layer.The eye becomes lost as the view is introduced to layers. Alchemy of cells appears, revealing floating landscapes. This Odyssey is rewritten on Tondi, circular paintings from the Renaissance, which were offered to new mothers.The resonance between shape and depth come together, engulfed by underwater flora. Now the eye wanders to the side as if fascinated by a light; this light of the first day, the first breath, the first look.

text : Célia Decalonne


ODYSSEY, à ma fille. La première odyssée est amniotique. Conception, gestation, naissance sont autant de termes dont l’écosystème renverse les champs classiques de la perception. Du monde utérin, il ne nous reste qu’un souvenir trouble tant qu’une image intangible, en deçà du langage car au-delà du Sensible. Ce Plafond de verre où tous les sens se heurtent, dont la scène ne se déroule qu’hors-champs, n’affleure à l’esprit qu’au filtre médiateur des instances poétiques et esthétiques.

L’examen pictural du l’univers utérin pose redoutablement le problème de la réciprocité entre l’essence créatrice et la puissance génésique. Question complexe, sinon insoluble, éprouvée par K.Granier en une relecture suggestive de l’oeuvre homérique. Car l’histoire d’Ulysse, c’est celle, en filigrane, d’une immersion matricielle dans l’élément humide, « substance féminine dissoute » selon le mot de Bachelard. Son errance était chantée par les aèdes comme une gestation dans un monde de femmes, ensorceleuses qui toutes l’enveloppe d’une nuit utérine, une enceinte circulaire qui maintient Ulysse indifférencié, en dehors du monde héroïque. Dissimulation de l’être, dissolution des repères, submersion et désordre identitaire au fil de l’eau sont autant d’artifices littéraires, insufflant au voyage sa valeur utérine, que code pictural de K.Granier révèle.

L’acuité graphique des lignes oscillent transparence et opacité jusqu’à tirer des plans qui se superposent, suggérant l’accumulation des couches de peau de l’espace utérin. Traitées en arabesques qui viennent perturber l'œil et ses repères visuels, elles se déclinent en une alchimie cellulaire fantasmagorique, aux allures de dentelles flottantes d un paysage abyssal. Ces simulacres arachnéens, constellations étranges qui conjoignent l’efficacité japonisante des traits au baroque de l’art nouveau, sont travaillés comme des mises en abîmes des tondi,ces tableaux circulaires de la renaissance qu’on offrait aux accouchées et dont la forme redouble l’utérus. Ce jeu de résonance entre la forme et le fond s’opère en un fondu des corps, tour à tour engloutis dans une brousse sous-marine puis attirés en périphérie du cadre utérin, comme fascinés par une lumière, celle du premier jour, du premier souffle, du premier regard. Le retour à Ithaque est une naissance.

texte : Célia Decalonne